Entretien avec Oliver Peru, auteur de Druide

Oliver Peru

Bonjour, Oliver. Votre nom est déjà connu dans le milieu de la bande dessinée, mais pourriez-vous brosser un court portrait de votre parcours pour ceux qui ne vous connaissent pas encore ?
J’ai été mordu très jeune par le virus de l’imaginaire et j’ai passé la plus grande partie de ma vie à écrire et dessiner les histoires qui voyageaient dans ma tête. J’ai commencé à être publié assez tôt dans des magazines puis, à vingt-trois ans, j’ai écrit et dessiné ma première série en BD, Shaman, parue aux éditions Soleil. Les années suivantes, tout en travaillant sur plusieurs albums, j’ai traîné mes pinceaux du côté de l’illustration et du design en faisant passer le dessin avant l’écriture, puis ces derniers temps, les choses se sont inversées. Je délaisse maintenant le dessin afin d’écrire davantage de BD pour d’autres dessinateurs (Zombies, In Nomine, Assassin, Nosferatu) et des romans (Druide, Les Haut-Conteurs, Excalibur). J’œuvre aussi sur la série télé Hero Corp et je touche à un peu à tout dans le milieu de la télé et du ciné (du design au story-board en passant par l’écriture). Et des fois, je prends des vacances. Avec la sortie de Druide, je fête mes trente-trois ans, mes dix ans de carrière et j’ai l’impression que tout ne commence qu’aujourd’hui.

Petite question qui revient souvent ces derniers temps : pourquoi avoir anglicisé votre prénom Olivier en Oliver ?
L’idée de transformer mon nom vient de loin. Elle remonte à une époque ou j’étais partiellement convaincu que pour vendre des livres, il fallait être anglophone et s’appeler King, Tolkien ou McCarthy. Je m’étais très jeune juré d’inventer un pseudonyme brillant. Supprimer un « i » de mon prénom est une façon de « presque » tenir la promesse que je m’étais faite et puis cela me donne l’impression de donner une existence propre aux deux « moi » qui écrivent. Oliver sera pour les romans, Olivier pour les BD.

Carte de Druide

Druide est votre premier roman. Comment en êtes-vous venu à l’écriture d’un livre et quelles sont les raisons qui vous ont poussé à choisir un univers de dark fantasy ?
J’ai toujours su que j’écrirais des romans donc il est difficile de trouver le cheminement intérieur qui m’a conduit jusqu’à cette interview. Je crois avoir commencé à travailler sur un premier roman (impubliable) au moment où je terminais ma première BD. Je n’ai jamais pu dessiner sans écrire, j’avais besoin de l’un comme de l’autre. J’ai donc toujours écrit des nouvelles et commencé des romans entre chacun de mes albums BD. Puis, il y a quatre ou cinq ans, les personnages et l’écriture de Druide me sont apparus. J’ai alors su que je tenais mon premier roman, celui que je voudrais écrire jusqu’au bout et enfin voir publié. Il m’a fallu du temps pour l’emmener jusqu’à sa dernière page et j’ai l’impression de l’avoir écrit deux ou trois fois, tellement je l’ai retravaillé. Mais ce m’a permis d’aller retrouver au fond de moi le gamin qui rêvait d’écrire des sagas. Et puis comme je ne crois pas être quelqu’un de routinier, me lancer dans ce roman me permettait de sortir de ce que je savais déjà faire, de prendre des risques, de tenter une nouvelle aventure.
Quant à la dark fantasy, c’est elle qui s’est imposée à moi. Ce qui est important à mes yeux, c’est l’histoire. Je ne suis que son serviteur. Je me laisse envahir par un monde et des personnages. Ce sont eux qui donnent le ton, l’ambiance, la couleur et la musicalité du livre. Je serai presque tenté d’avouer que je n’ai pas mon mot à dire, j’écris seulement ce qui vibre en moi… et en ce qui concerne Druide, cette vibration était sombre, mélancolique et merveilleuse.

Symboles

En quoi Druide diffère-t-il des nombreux ouvrages de fantasy disponibles ?
Est-ce que la réponse, « c’est mieux » suffit ? Sans doute que non… Disons alors qu’en toute humilité, j’ai écrit un livre que j’aimerais lire en y mettant tout mon amour pour les grandes histoires. Pour moi, les livres de fantasy se doivent d’offrir un voyage riche en émotion et en surprises. En cela, j’espère avoir réussi ma mission. Mais pour ce qui est des différences entre Druide et ses concurrents, j’ai du mal à être mon propre juge. Je crois avoir écrit des personnages vrais, émouvants, sombres et radieux à la fois, et avoir échappé au manichéisme qui structure parfois les univers de fantasy.

Quel rapport entretenez-vous avec vos personnages ?
Je les aime et quand j’écris, ils m’habitent complètement. Ils vivent dans ma tête en permanence et nous cohabitons d’une façon presque schizophrénique. Le temps de transcrire leur histoire sur le papier, je deviens une sorte de vaisseau pour leurs voix, leurs destins, leurs tragédies. Et en ce qu’ils ont de meilleur comme de pire, j’ai une véritable affection pour eux. En ce sens, le dernier chapitre de Druide a été difficile à écrire car, une fois l’histoire terminée, je savais que disparaîtraient des personnages qui avaient été en moi durant une longue période.

Druide bis

Le travail d’écrivain et de scénariste de bande dessinée est très différent. Pouvez-vous nous en parler ? Quelles sont les grandes différences ?
L’écriture d’un roman est à mes yeux la forme d’art la plus stimulante, à la fois la plus contraignante et la plus facile qui soit. Elle offre un espace de liberté infini aux auteurs, aucune entrave technique, aucun problème insoluble, personne entre l’écrivain et le lecteur.
En BD, le plaisir se prend ailleurs. Il se trouve dans l’échange, le travail d’équipe et dans la magie qui opère quand des dessins prennent vie. Cependant, le dessin est en soi une limite à ce que l’on peut raconter. Sans compter que l’écriture BD est conditionnée par un format. La plupart des albums ne comptent qu’une cinquantaine de pages, il faut donc imprimer un rythme à ces cinquante pages alors qu’en roman (du moment que ça ne devient pas ennuyeux), on peut prendre cinquante pages pour s’attarder sur des points de détail. Écrire une bonne BD relève de la performance, du contrôle, du bon choix au bon moment et de l’alchimie qui se crée entre le dessin, la couleur et le scénario.
En roman, la plus affreuse des couvertures peut cacher un bijou d’écriture dont les seules limites ont été fixées par son auteur. Les bons romanciers touchent, selon moi, à ce qu’ils peuvent trouver de plus parfait en eux : des histoires qu’ils peuvent tailler à la virgule près et reprendre sans cesse.

Quelles sont vos influences littéraires en matière de fantasy ?
Difficile de passer à côté de Tolkien, Howard, Moorcock et du Trône de Fer de George R. R. Martin. J’ajouterais également La Tour Sombre de Stephen King, bien que la fin de la série m’ait déçue. Et bien que la question porte sur les influences littéraires, la musique est aussi importante dans l’influence et l’inspiration.

Druide

Vous avez également réalisé la couverture de Druide. Quelles sont vos influences en matière d’illustration ?
Je suis un enfant du comics, j’ai appris à lire et à dessiner avec les X-Men et je dois mes premiers frissons cinématographiques à des films fantastiques qui ont fortement influencé ma culture graphique, par contre je n’ai jamais vénéré de grand illustrateur. Je ne crois pas avoir eu de maître à penser. J’aime beaucoup les anciens travaux de Bernie Wrightson et plus récemment, je dirais que j’admire le travail d’Aleksi Briclot. Il est, sans le vouloir, le type qui m’a le plus appris en illustration. Il est tellement bon qu’il oblige les autres à se mettre à niveau pour pas avoir la honte.

À moins que ce ne soit Top Secret, pouvez-vous nous parler de vos projets actuels ?
Je développe un projet de série télé pour France 2, je scénarise cinq séries de BD en même temps, et je travaille sur deux nouveaux romans. Une bonne partie de cette production devrait sortir en 2011. Surveillez votre dealer de livres !

Pourrons-nous à nouveau lire de nouvelles aventures dans l’univers de Druide ?
Bien que Druide se suffise à lui-même, je suis tenté de répondre « peut-être »… Depuis que j’ai écrit le dernier mot de l’ultime page, les personnages rôdent parfois dans ma tête, ils continuent d’exister, vieillissent et vivent de nouvelles aventures imaginaires. Peut-être qu’un jour prochain, j’écrirai l’une d’elles.

Un petit message à l’attention de vos lecteurs ?
À ceux qui l’ont lu, un immense merci me paraît approprié. À ceux qui ne l’auront pas encore fait en parcourant ces lignes, un petit conseil me semble opportun : achetez-le ! J’espère vous offrir un beau voyage de cinq-cents pages.

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2 commentaires pour Entretien avec Oliver Peru, auteur de Druide

  1. Lalou dit :

    Après avoir été parfaitement conquise par « Les Haut Conteurs » d’Olivier Péru, il me semble absolument indispensable d’acquérir « Druide », surtout après avoir lu cette interview et le résumé et plein d’autres choses!
    Vite à la librairie😉

    PS/ Très beau blog, encore une horrible source de tentations livresques😉

  2. holden dit :

    joli blog
    allez, courez tous acheter druide c’est une bombe
    on en parle
    http://www.unwalkers.com/

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