20 minutes dans la tête d’Andy Remic

Sur le même principe que nos « portraits chinois », voici une petite entrevue avec Andy Remic, auteur de La Légende de Kell.

Un livre ?
Légende de David Gemmell. Je l’ai lu quand j’avais quinze ans et il m’a énormément influencé. Plus tard, je me suis lié d’amitié avec Dave, qui ne m’a jamais pardonné la critique que j’ai faite, un jour (vers 1990), dans laquelle je disais que ses romans avaient quelques points communs avec les « navets ». Il m’avait alors dit que ses livres n’avaient jamais été comparés à des légumes et j’avais eu de la chance de ne pas recevoir un crochet du droit.

Un livre à jeter ?
Je ne critique pas les œuvres des autres auteurs si je peux l’éviter. Tous les écrivains, sans exception, travaillent très dur, même lorsque le résultat est qualifié de « bon à brûler ». Je laisse donc les remarques mordantes aux « critiques professionnels ».

Un film ?
Je dirais Blade Runner, qui m’a énormément influencé par sa noirceur, son atmosphère sombre, son intelligence et le superbe texte de Phil Dick qui l’a inspiré. Cela dit, j’ai une passion secrète qui me vaudra à coup sûr des moqueries de la part des plus jeunes : j’adore les vieux Conan. « Conan, qu’y a-t-il de mieux dans la vie ? »

Un film à brûler ?
Celui que je déteste ? Euh… Je crois que ce doit être Le magicien d’Oz. Tout le monde s’extasie devant, mais pour moi ce n’est qu’un ramassis d’excréments. Allez-y, brûlez-le. Soit dit en passant, je suis très doué pour brûler des choses. Il y a quelques semaines, j’ai mis le feu à ma terrasse en utilisant de l’essence pour faire un barbecue. C’était débile, je sais, et j’ai failli mourir, mais le bon côté des choses, c’est que les pompiers on trouvé ça assez drôle (surtout quand on sait que mon frère est pompier) et que j’ai reçu une invitation de Flint Keith pour sa fête de l’été. « Firestarter, twisted firestarter »… un incendiaire, un incendiaire déjanté ? Certainement pas.

Une chanson / un album ?
« Green and Grey » de New Model Army, sur l’album Thunder and Consolation. Respect. Mais elle est suivie de près par Cypress Hill avec « Tequila Sunrise » sur l’album IV. Ça fait plus d’un, hein ? Merde ! Comme j’aimerais savoir compter !

Un album à fracasser ?
Showwadaawaddywaddy (Showaddywaddy, ndt)… enfin, peu importe comment ça s’écrit. L’enfer ! C’est l’enfer, je vous assure. J’ai acheté un album quand j’avais dix ans. La honte. L’horreur. L’horreur ! Kurtz, achève-moi.

L’artiste que vous avez toujours voulu être ?
JRR Tolkien. Pensez aux relevés de droits d’auteur ! Et, bien sûr, c’était un génie déguisé en maître de conférences. Ou peut-être un maître de conférences déguisé en génie.

Un livre que vous auriez aimé écrire ?
Harry Potter. Très bien écrit, et pensez seulement aux gros relevés de droits d’auteur !

Qui est votre héros ?
Justin Sullivan de New Model Army, qui chantait ironiquement « il n’y a plus de héros ».

Les invités idéaux pour un dîner ?
Alors, je dirais les fantastiques personnages des romans Angry Robots. O.K., avec l’aide de New Model Army et puis, merde ! Pourquoi pas les héros de Twilight. Oui, je renoue avec mes racines adolescentes. Cela dit, il faut signaler que si Milla Jovovitch pointe le bout de son nez, je ne lui refuserai pas une saucisse.

Ce qui a le plus influencé votre plume ?
David Gemmell, roi récemment défunt de l’heroic fantasy. Désolé. Ce n’est que la vérité. C’est grâce à Dave que j’ai commencé à écrire sérieusement et, bien sûr, de l’heroic fantasy.

Ce qui a le plus influencé votre vie ?
Mon père. C’est très compliqué, donc je ne développerai pas (tellement compliqué qu’il occupe toute une partie de ma thèse de doctorat). Il était ce qui se rapproche le plus d’un héros ou de ce qu’on peut en espérer. Il s’est évadé de deux camps de prisonniers de guerre et il a tué quelques nazis. J’aurais aimé y être.

Vous avez un surnom ?
Jappo. C’est une longue histoire. Ah oui, j’en ai aussi eu un à l’école : Mugsy, à cause du vieux jeu de Melbourne House pour Spectrum, sur les gangsters. Et je crois que certains petits plaisantins m’appelaient Captain Ginger Beard (Capitaine Barbe Rousse) quand j’étais professeur, ces adorables petites langues de vipères.

Racontez-nous une blague.
C’est assez vulgaire. C’est l’histoire d’une grosse dame qui a un gros mari… Non, non, ma réputation sent déjà assez mauvais pour assassiner un putois à cinquante mètres, donc je ne voudrais pas aggraver mon cas. Je vais essayer de fermer ma grande bouche. Je dis bien que je vais essayer.

Vous soutenez une équipe ?
Non. Je trouve que le football n’est plus un jeu, mais un moyen de faire de l’argent. Un business pur et simple. Et je ne cours pas après l’argent, sauf s’il peut me payer une nouvelle moto.

Que chantez-vous sous la douche ?
Je ne chante pas. Je me frotte. Je fais partie de la catégorie des frotteurs.

Un animal particulier ?
Oui : Samson, mon grand et gros labrador qui est apparu dans les trois premiers livres de ma saga Spiral. Il est mort, maintenant. Béni soit ce petit bâtard têtu et hirsute. Aujourd’hui, j’ai une border colley complètement folle qui s’appelle Fizz (indépendamment de ma volonté). Elle me fait crever de honte en sautant dans tous les sens comme un bouquetin drogué quand je m’accroche à la paroi en haut des cols de montagne difficiles. La petite conne.

Votre plus vieux souvenir ?
Je suis nu dans une pataugeoire, en Yougoslavie, en 1976. L’humiliation, je vous le dis ! Ma mère a une photo, la saleté !

La première histoire que vous ayez racontée ?
J’avais sept ou huit ans. J’ai écrit un roman intitulé Le monstre à quatre têtes. C’était à propos d’un monstre à quatre têtes. Je l’ai lue devant la classe. Ils ont été assez impressionnés (comme le sont les enfants de sept ou huit ans devant des monstres à quatre têtes).

La première histoire que vous ayez vendue ?
Mon premier roman, Spiral, à Orbit Books. Merci Tim Holman😉

Que répondez-vous quand les gens vous demandent « où trouvez-vous vos idées ? » ?
Les idées viennent d’un peu partout : des livres, des films, des conversations, du sexe, du whisky et des démons. Écrasez le tout dans une grande marmite, ajoutez-y une goutte de rhum, mélangez le tout avec une Grosse Cuillère™ et faites cuire à 190 pendant à peu près 1 h 40. Vous obtiendrez les rouages d’une histoire.

Avez-vous un talent hors du commun ?
Je sais me battre à l’épée (vraiment), je suis un super cuisinier (oubliez cet amateur de Gordon Ramsey), et j’ai appris à manipuler une tronçonneuse. Il faut être très prudent avec une tronçonneuse, parce que c’est amoral et on peut facilement se couper une jambe avec.

Le plus bel endroit que vous ayez visité ?
Le Kenya, en Afrique. Magique et surréaliste. Au cours d’un safari, j’ai vu les éléphants arriver à leur point d’eau au coucher du soleil ; un spectacle qui se bat pour le podium des meilleurs moments de ma vie. Le plus étonnant, c’est lorsqu’un énorme mâle d’un point d’eau voisin s’est offensé et a chargé les couples qui dînaient en amoureux : on n’a jamais vu des obèses bouger aussi vite !

Votre monument préféré ?
La Peel Tower, à Ramsbottom. C’était mon premier terrain de vélo. Je m’asseyais sur les marches en buvant du café sous la pluie/ neige et je refaisais le monde avec mon pote Jake. Dame oui ! C’était l’bon vieux temps, mon vieux !

Qu’est-ce qui vous réveille en pleine nuit ?
Mon fils de trois ans qui grimpe sur mon lit, se faufile sous les draps et se met à tourner doucement en ronds en nous donnant des coups de pieds derrière la tête, à ma femme et à moi.

La dernière fois que vous avez pleuré ?
Quand mon chat est mort, ce sale petit bourreau sadique et démoniaque. Qui a vécu par l’épée, périra par l’épée, comme je dis.

Si vous n’étiez pas écrivain, quel métier feriez-vous ?
Je me serais sûrement engagé dans l’armée, mais, dans ma réalité, je suis simplement incapable d’obéir à l’autorité. Donc, peut-être docteur. Ce qui est sûr, c’est que je suis expert en médicaments et que j’aime voir les gens souffrir.

Votre costume préféré ?
Mon vieux déguisement de zombie pour Halloween. Il est pratique, confortable et plein de faux sang séché.

Une mauvaise habitude ?
Je suis une mauvaise habitude.

Le prochain livre que vous lirez ?
Le dernier roman des Orcs, de Stan Nicholls. Ses histoires vous prennent aux tripes ; elles sont bien rythmées et divertissantes… un peu comme les miennes🙂

Votre mot préféré ?
« Chatte ». J’adore comme il dérange les gens. Ce n’est qu’un mot, non ? Et c’est dans le dictionnaire.

Quel acteur de cinéma vous tient en haleine ?
Peut-être Vin Diesel. Ce qui est sûr, c’est qu’il joue mieux la comédie que moi, mais j’ai le sentiment que ce doit être à cause de mon incroyable et épouvantable manque de naturel.

Et quelle serait votre scène préférée ?
Sûrement le passage où Vin tire sur la tronçonneuse pour tuer les méchants / sauver le monde / sauver sa petite amie empoisonnée, avant de s’éloigner dans un coucher de soleil brûlant de Los Angeles sur une Harley.

C’est nous qui invitons… qu’est-ce que vous buvez ?
Absolument tout et n’importe quoi.

Votre objet préféré ?
Ma moto, une BMW GS1200. C’est une obsession comme Ewan McGregor / Charlie Boorman dans Long Way Round. Demandez à ma femme.

Votre dernier rêve qui mérite d’être raconté ?
En fait, je vais vraiment en faire un roman. Un genre de Fantasy urbaine pour la Shotgun Generation.

Vos vêtements préférés ?
Mes galoches. Il est de notoriété publique que je suis loin d’être à la pointe de la mode avec mes treillis taillés au couteau et mes vieux t-shirts South Park, mais au moins mais fringues branchées sont mieux que celles d’un certain rédacteur avec qui j’ai travaillé dans le passé, qui faisait son shopping chez Asda. Ha ha !

Écririez-vous à plein-temps, si vous pouviez ?
C’est ce que je fais. Même si parfois c’est génial, parfois je perds la boule, je commence à m’arracher les cheveux, à grincer des dents et à planter mes griffes de loup-garou dans les murs. C’est là que je sens qu’il est temps d’aller voir du monde.

Êtes-vous du genre à tout programmer ou à laisser le hasard vous guider ?
Je programme tout et je vois où ça me porte. Si c’est nul, je change de plan. Je déteste écrire en aveugle.

Quelle vue avez-vous depuis la fenêtre de votre bureau ?
Ma maison a une « vue dégagée sur l’arrière », comme on dit. Je vois donc principalement des champs, quelques arbres et des haies. Il y a des renards, des lapins et des chauves-souris à la tombée de la nuit. C’est très euphorisant et enivrant, surtout (raclement de gorge) après quelques whiskies.

Où voudriez-vous être en ce moment même ?
À New York, au volant d’une Ferrari. New York est l’endroit que j’aime le plus au monde. Il y a une rumeur vicieuse qui prétend que je serais allé au Waldorf Astoria en treillis et en sweat à capuche au milieu de gens en costume… Eh bien ! Je n’ai qu’à baisser les yeux honteusement et reconnaître que c’est absolument vrai.

Où et quand avez-vous été le plus heureux ?
À la naissance de mes deux fils. Sans aucun doute les deux moments les plus intenses, effrayants et merveilleux de ma vie. Évidemment, ma femme était là aussi, mais elle était shootée à la péthédine, cette petite joueuse. Ha ha !

Terminez cette phrase : réécrire, c’est…
Le délire, nécessaire et partie intégrante du travail d’écriture.

Terminez cette phrase : je dois tout à…
Moi-même. Je suis mon patron le plus sévère et, sans ma concentration et ma motivation depuis toutes ces années, quand les temps étaient durs, je n’y serais jamais arrivé. Voilà. Bravo Remic. Merci mon pote. Tiens, un whisky. Merci encore, mon vieux.

Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite devenir écrivain ?
Soyez complètement maniaque sur toutes les phrases que vous écrivez, assurez-vous qu’elles sont bonnes, travaillez plus que durement et soyez aussi acharné qu’un terrier sur une piste. Stephen King donne de très bons conseils dans son essai Écriture. Ce que j’aime dans les livres de King, c’est qu’ils sont complètement réalistes et qu’ils ne sont pas truffés de foutaises. Le meilleur conseil que ce bon vieux King donne est « d’oublier les mots inutiles », et je dirais la même chose. Oublier les mots inutiles. Débarrassez-vous des inepties, éliminez les merdes, faites étinceler votre plume ! Et surtout, ne renoncez jamais!

Que ferez-vous dès que vous en aurez fini avec cette corvée d’entretien ?
J’irai promener ma chienne à la Peel Tower. C’est une jeune border colley débordante d’énergie, et si je n’essaie même pas d’épuiser cette saleté, elle s’agitera et sautera dans tous les sens toute la sainte journée… et, par conséquent, elle m’empêchera d’écrire.

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3 commentaires pour 20 minutes dans la tête d’Andy Remic

  1. Dup dit :

    Excellent, merci pour cet humour ! Et en plus un fan de David Gemmell !!!
    Vous me voyez ravie d’avoir La légende de Kell dans ma pile de livres à lire (PAL)

  2. Phooka dit :

    Enorme cette interview!
    J’adore l’humour de ce monsieur (et oui en + un fan de Gemmell, il ne peut que nous plaire hein Dup! :)))

  3. sarah dit :

    ha ce mec est fou, je n’ai pas encore commencé son livre mais vu l’auteur je sens que ca va être génial et complétement barré, d’abord je finis l’excellent un hiver de sang et ensuite je commence son bouquin (enfin ca c’est pas dit ce sera peut être le contraire!!!)

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