Entretien avec Jesse Bullington

Jesse bullington, auteur de La Triste Histoire des Frères Grossbart, avait accordé une entrevue il y a quelque temps…

Avez-vous toujours su que vous vouliez devenir écrivain ?
Autant que je m’en souvienne, j’ai toujours voulu raconter des histoires, mais je n’étais pas sûr du moyen que je voulais utiliser. J’ai rédigé des histoires courtes dès que j’ai su écrire, et mes premiers refus me sont venus de magazines pour enfants tels que Highlights ou Cricket alors que je n’avais que sept ou huit ans. À la base, il ne s’agissait que du désir de raconter quelque chose, et en grandissant j’ai papillonné entre l’ambition de travailler pour le cinéma, la télévision, la bande dessinée, le théâtre et la littérature. Au final, je n’avais pas les talents sociaux nécessaires pour communiquer ma vision sur une scène ou devant une caméra, et la BD était également à mettre de côté, car je demeurais incapable d’illustrer mes histoires, ou même de persuader quelqu’un de plus doué de le faire. Cela ne signifie pas que je suis devenu romancier par défaut, seulement que les raisons ci-dessus, combinées à mes penchants littéraires, ont fait de l’écriture le moyen idéal de transmettre mes histoires.

Comment avez-vous « percé » dans le milieu de l’édition ?
En engageant une conversation avec un inconnu dans le vidéo-club où je travaillais. Cet inconnu s’avéra être le brillant et généreux Jeff VanderMeer, qui m’offrit des conseils et une aide bien supérieurs à ceux auxquels nous autres, pauvres mortels, sommes habitués depuis que nos oracles ont été frappés de mutisme. Après avoir lu mon roman, Jeff en a parlé sur son blog et en a posté un extrait sur son site, lequel a été lu par un agent talentueux qui a offert de lire le manuscrit. Cet agent, Sally Harding, a aimé le roman, et à partir de là, les choses ont progressé très vite. La morale de cette histoire me paraît évidente…

Lorsque vous n’écrivez pas, que faites-vous de votre temps libre ?
La marche à pied est l’une de mes activités préférées. Je n’aime rien tant qu’une bonne randonnée vigoureuse, quels que soient le cadre, la saison, l’heure ou le temps. Les marches nocturnes restent toutefois ce que je préfère, car la lumière des étoiles et les ombres rendent intéressants les paysages les plus ordinaires ; de plus, le risque d’attaque d’animaux sauvages ou de chute est décuplé, ce qui imprègne l’expérience de l’entêtant arôme du danger.

Qui ou quoi tenez-vous parmi vos influences ?
Toutes les sources habituelles : l’histoire, le folklore, les musiciens, les peintres, les cinéastes, les acteurs, mes amis, ma famille, mes rêves, mes expériences, les cultures étrangères et locales, le monde autour de nous, et les autres écrivains. D’une manière générale, mes influences transparaissent dans mes écrits, et je ne rate jamais une occasion de promouvoir mes modèles. Si j’essaie de n’en garder qu’une dizaine, toutes origines confondues, sans perdre de vue le fait que dès que j’en aurai terminé, j’en trouverai sans doute dix autres tout aussi valables, je peux révéler que mes influences incluent les Tiger Lillies, Vincent Price, Angela Carter, Roald Dahl, Alan Moore, Edward Gorey, Clive Barker, Kentaro Miura, Irvine Welsh, les frères Coen, Italo Calvino, Nick Cave, et le triumvirat des Weird Tales.

La Triste Histoire des Frères Grossbart est un roman étonnant qui n’a pas vraiment d’équivalent sur le marché. D’où vient l’idée de ce récit ?
Une question que je trouve aussi difficile que sa réputation le laisse entendre… Je voulais écrire un roman qui se déroulerait en Europe, au Moyen Âge, qui ferait appel à la plupart de mes aspects favoris de la fiction, mais qui serait aussi une satire de certains mécanismes ternes et clichés de la littérature. Je voulais aussi priver de tout romantisme le viol de sépultures. Il me fallait donc un certain type de protagonistes et, une fois les frères définis, tout a progressé de manière très organique…

Si j’en crois vos études, je peux m’imaginer qu’Hegel et Manfried sont basés sur des personnages réels de l’Histoire…
Les frères Grossbart ne sont pas basés sur des individus particuliers, mais l’Histoire regorge de personnages qui leur ressemblent. Notre société actuelle aussi, du reste.

Pensez-vous que ce roman sera controversé ? Si oui, pourquoi ?
Je crois que la plupart des choses qui méritent qu’on parle d’elles s’avèrent controversées si l’on creuse un peu, mais je ne me suis pas demandé si mon récit tomberait ou non dans cette catégorie pendant que je l’écrivais. Je voulais toutefois bouleverser certaines conventions du fantastique « mainstream », si bien que le résultat aura peut-être ses partisans et ses détracteurs, finalement. Ce que j’aime le plus dans le fantastique, l’horreur, l’aventure et la fiction historique est souvent l’inverse de ce qui est populaire dans ces genres, et ce roman le reflète sans doute.

À présent que La Triste Histoire des Frères Grossbart est publiée, que vous réserve l’avenir ?
J’ai toujours plusieurs projets dans le percolateur, à tout moment, et je compte bien finir deux autres romans au cours des deux années à venir.

Pour finir, il s’agit de votre premier ouvrage publié… quelle a été votre étape préférée du processus d’édition ?
Rencontrer les gens d’Orbit et de Cooke Agency, dont le sens de l’humour et la gentillesse ne sont surpassés que par la sagesse et la perspicacité. Et aussi, le fait qu’un artiste aussi époustouflant qu’Istvan Orosz crée une couverture aussi belle pour accueillir mes humbles mots a fait de moi un homme comblé !

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