Un entretien avec Lauren Beukes

Au mois de mai dernier, Lauren Beukes (auteur de Zoo City) accordait un entretien à Nikki Temkin pour le site web du magazine Times. En voici la traduction :

Je suis… une dactylo appréciée avec des histoires plein la tête. Parfois elles en sortent.

Où êtes-vous née ? À Johannesbourg. J’ai vécu face au zoo, de l’autre côté de la route. Nous entendions les éléphants et trouvions des serpents dans le jardin.

Où habitez-vous ? À Cape Town.

Avec qui partagez-vous votre maison ? Mon mari, Matthew Brown, ma fille âgée de deux ans, Keitu, et deux chats exténuants.

Comment êtes-vous devenue auteur ? J’ai voulu être auteur depuis l’âge de cinq ans lorsque j’ai découvert que Enid Mary Blyton (NdT : auteur pour enfant à qui l’on doit, entre autres, « Le Club des Cinq » et « Oui-Oui ») avait gagné des millions avec ses romans. Cela m’a fait réaliser qu’écrire des histoires est un métier viable. Mais y parvenir nécessite une combinaison de chance et de dur labeur.

Je trouve l’inspiration dans… le monde. Il me déconcerte et m’étonne.

La scène littéraire sud-africaine est… plus passionnante que jamais. Il y a plus de place, plus d’éditeurs prêts à prendre des risques avec des récits peu conventionnels.

Comment se sent-on lorsque l’on remporte le prix d’Arthur C. Clarke (NdT : récompensant le meilleur livre de science-fiction de l’année) pour Zoo City ? Ça a été un mélange d’émotion, de bonheur incommensurable, de doute, et d’une incroyable reconnaissance envers tous ceux qui partagent mon existence, amis et étrangers, et qui m’ont soutenue.

À quel point le succès commercial est-il important à vos yeux ? Je ne suis pas un auteur très commercial, hélas. Dans le cas contraire, j’écrirais un récit romantique sur un adolescent vampire frappé d’angoisse existentielle dans un thriller de conspiration religieuse se déroulant dans une école de jeunes magiciens. Mais j’aimerais vendre suffisamment de livres pour être auteur à plein-temps et pouvoir en vivre.

Sur quels projets travaillez-vous ? Je travaille sur un nouveau roman et j’ai deux autres projets sur le feu. Je viens d’achever un documentaire appelé « Glitterboys and Ganglands » (NdT : un reportage sur trois participants au concours de Miss Gay du Cap-Occidental, région de l’Affrique du Sud) et j’ai participé à mon premier comics pour l’anthologie « Strange Aventures » chez Vertigo (NdT : avec l’histoire « All The Pretty Ponies »).

La meilleure leçon que j’ai apprise… est que la vraie vie est plus étonnante et riche que la fiction la plus imaginative.

Qu’est-ce que les gens seraient étonnés de savoir sur vous ? Je ne suis pas aussi sombre et cynique que mes livres le laissent suggérer.

Qu’est-ce qui vous a attiré vers la science-fiction ? Je suis attirée par les histoires inventives et imaginatives qui ont la capacité de me surprendre. J’aimerais faire partie de ces auteurs pouvant jongler librement avec les genres, suivant l’histoire, où qu’elle m’emmène.

La force des livres… c’est leur capacité à vous téléporter dans la tête des autres et vers des lieux peu familiers.

Comment passez-vous votre temps libre ? Je traîne avec des amis, complote avec ma fille sur les différentes façons de dominer le monde, lis, regarde des films et vais au parc.

Si vous ne faisiez pas ce que vous faites, vous seriez… enquêtrice. Je serais probablement au bout du rouleau en deux ans car je prends tout très à cœur, mais je pense que je ferais une bonne « flic ».

Je suis prédisposée à… être aspirée dans n’importe quelle lecture disponible : au dos des boîtes de céréales, sur les flyers de Telkom (NdT : entreprise de télécommunication sud-africaine), sur les codes barres…

Mon bien le plus précieux est… mon alliance, conçue par Ida Elsje et Willeen le Roux. Elle possède un cœur flamboyant en perspex rose, entouré de plantes carnivores, de fleurs à têtes de morts, de cœurs, d’hirondelles et d’un lapin.

Qu’aimez-vous le plus à Cape Town ? Le fait que la majorité de mes amis sont ici. Et son énergie créatrice.

Qu’est-ce qui est le pire lorsque l’on vit à Cape Town ? La différence de niveau de vie entre les riches et les pauvres. Le fossé entre eux est tellement évident dans cette ville.

Si j’étais maire pendant un jour… je traînerais tout le monde hors du Parlement pour travailler dans le secteur public, l’enseignement, le maintenant l’ordre ou les soins, pour qu’ils comprennent bien ce qui se passe « en bas ».

Une de mes philosophies de la vie est : Ne sois pas une « insérer ici une insulte décrivant quelqu’un de très très chiant ».

Je ne peux vivre un jour sans… Twitter.

Si vous héritiez de plusieurs millions, qu’en feriez-vous ? Je crée une résidence officielle pour les artistes, les scientifiques, les ingénieurs,  les auteurs, les animateurs, les sculpteurs et les politiciens afin qu’ils collaborent sur des projets susceptibles de changer le monde… dans les grandes largeurs.

Quelle musique écoutez-vous ? J’écoute de l’électro pendant que je travaille : Barry Adamson, Amon Tobin, Radiohead, Unkle, The Real Estate Agents, Sibot, Spoek Mathambo…

Vos auteurs préférés sont… David Mitchell, Alan Moore, Margaret Atwood, William Gibson, Jonathan Lethem, Joyce Carol Oates, TC Boyle, Lorrie Moore, Ian McEwan et Chris Cleave, entre autres.

Quel talent surhumain voudriez-vous posséder ? Changer de forme serait formidable. Mais j’aimerais également être capable de me téléporter.

Mon pire vice est… la procrastination.

J’ai rencontré mon mari… en mission professionnelle en 2001. Il est mon meilleur ami et mon point d’ancrage.

Si l’argent pouvait acheter le bonheur… je me paierais un voyage sur la compagnie Virgin Galactic.

J’aimerais pour épitaphe : « Elle a donné de bons mots ».

J’aime…

L’Histoire : l’histoire est tout. Cela représente la façon dont nous raisonnons avec le monde et le rôle que nous jouons dans celui-ci.

Ma fille : elle est folle et merveilleuse, un mix blond de dinosaure et de tornade, elle est trop mignonne. Et elle est maligne, drôle, pleine d’imagination et têtue comme une mule.

Twitter : c’est comme la meilleure soirée au monde où vous pouvez entrer en connexion avec des esprits étonnants, mais tout le temps.

Mes chaussures cool : mes Dr. Martens dix-huit trous modèle girly sont mes chaussures préférées ; et elles tiennent toujours le choc au bout de quatorze ans.

Mes amis et ma famille : ils me gardent de la folie, me font le rire, me permettent de garder les pieds sur terre. Ils me mettent au défi et me tolèrent.

Je déteste…

Ceux qui poussent à la haine : ils sont partout, mais plus particulièrement dans les sections commentaires des sites d’info en ligne.

La corruption et le copinage : notre lutte a pour but une vie meilleure pour tous, pas pour un groupe minuscule élitiste et incestueux. Cela doit cesser.

Les aéroports : ils sont devenus de petites dictatures avec leurs mesures de sécurité ridicules qui ne font qu’assurer la fortune des entreprises qui les fournissent.

Les champignons : j’ai juste un truc avec les fungi…

Le gore : la violence gratuite dans les films ou les livres n’est pas effrayante ou horrifiante, elle est juste sans intérêt.

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